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Quand David a tiré le rideau sur Euthanasie Records, il s’est dit : autant finir en beauté. Plus rien à vendre, plus rien à prouver. Il restait un peu de thune dans la caisse, alors il a balancé le paquet sur un dernier coup de cœur : un disque hommage à Camera Silens, monté avec une bande de vieux potes. Pas un plan marketing, pas un "produit", juste un vrai disque fait pour de vrai, entre gens concernés. 500 exemplaires pressés, pas un de plus. Les copies du label ? Filées gratos. Rien à foutre du retour sur investissement. L’idée, c’était pas de capitaliser sur le mythe, c’était de lui rendre justice. Il restait des morceaux jamais sortis, des bouts de chansons oubliées, des rushs de mémoire. L’idée de les remettre en son est venue comme une évidence. Le hic : des textes en vrac, incomplets, perdus entre deux tournées ou une garde à vue. Gilles, Éric, Benoît… personne se rappelait tout. Alors les groupes qui ont repris les titres, ils ont pas juste repris. Ils ont rallumé la machine, complété les paroles, mis leur tripes dedans, ajouté leur sale patte. Pas des covers, des réinterprétations vivantes. « Histoire d’un soir », écrit en 1984 quand Camera balançait encore du punk sans filtre, c’est Frustration qui s’y est collé. Ils ont tordu le morceau à leur manière, ambiance cold-punk sale et tendue, parfaite pour foutre le frisson. « En cavale », de 1986, arrive après le départ de Gilles. Sur scène, à Quimper, Benoît balance en intro : « Spécialement pour les absents de ce soir, de tout cœur avec eux. Salut Gilles, salut Didier, ce morceau leur colle à la peau… » Prémonitoire. Un titre chelou, entre punk et reggae blanc cramé. 8°6 Crew l’a repris sans tricher, comme un gant trop serré, qui gratte mais qu’on garde. Et puis y avait un autre plan : faire reprendre « L’espoir et la santé » — le morceau fétiche, l’hymne officieux, celui qui collait aux bastons, aux virées, à la foi d’être ensemble contre le reste du monde — par Komintern Sect. Mais ça, ça s’est cassé la gueule. Comme souvent avec les bons projets : trop pur, trop bordélique, ou trop en avance. licence